Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 14:58

 

Hier, la machine a mangé ma carte bleue en réponse à ma demande légitime de 900€ en billets de 100.

 

Au début j'étais pas trop paniqué : ce serait pas la première fois que je mets une carte pas bonne dans la machine et qu'elle me la dévore par mécontentement pour jamais me la rendre (est-ce ma faute si ma carte cinéma est bleue aussi, et qu'elle fait en plus exactement la même taille?) (je suis sur que c'est encore une manifestation du complot mondial pour m'empêcher d'aller voir des films français avec Patrick Bruel dedans).

 

Ensuite j'ai réalisé que c'était vraiment ma vraie carte bleue, et je me suis retrouvé un peu partagé : d'un côté, elle périmait deux jours plus tard donc j'avais un peu la flemme de me battre, de l'autre en même temps je partais pour Rome le lendemain et j'avais exactement quarante centimes et une pièce croate en poche.

 

Finalement la guichetière aigrie a interrompu mes réflexions en venant hurler qu'est ce que j'avais détraqué sa machine, la pauvre petite, ses rouages fragiles, mais les gens n'ont plus de respect pour rien, mais c'est pas possible...J'ai donc adopté le parti pris d'avoir l'air particulièrement naze et de faire genre je comprenais rien à sa succession de gros mots compliqués autorisation-de-plafond-découvert-autorisé-sans-aggios-taux-de-change-de-la-livre-suisse-indexé-sur-le-libor-prorata-sur-intérêt-précomptés-chatons-qui-pètent-et-blanchit-la-campagne. J'ai quand même failli me trahir à un moment où elle continuait à sortir des conneries plus grosses qu'elle-même (ce qui dénote un certain niveau de compétence dans le domaine, tout de même), quand elle a osé me dire qu'on me donnait gracieusement à moi jeune incompétent moins-de-vingt-cinq-ans-qui-ai-déja-le-TGV-gratuit (!) une carte pour faire des conneries pareilles et que je lui ai précisé pour faire triompher l'odieuse vérité que je payais 78,25€ par an en frais bancaires CB. Elle m'a regardé avec son oeil torve et puis a cru a un coup de chance et a voulu reprendre ses récriminations, sauf qu'entre temps un sosie de Bernadette Chirac avait coincé la machine-qui-avale-les-chèques en voulant y attacher la laisse de son caniche, donc elle est partie sévir.

 

Au final la machine m'a rendu ma carte (je sais pas trop comment, j'ai pas trop cherché à comprendre) et je suis allé retirer dans une banque concurrente en employant la méthode de je-rerentre-ma-carte-bleue-trois-secondes-après-qu'elle-soit-ressortie-comme-ça-la-machine-est-con-et-n'a-pas-le-temps-de-comptabiliser-que-je-suis-en-train-de-la-vider.

 

Et comme j'avais des chèques à encaisser (avant qu'ils périment) (c'est toujours comme ça t'as l'impression que c'est pas des chèques qu'on te donne c'est des yaourts) je suis repassé discrètement une heure plus tard, mais la machine à chèques marchait toujours pas alors j'ai eu la flemme (ce blog devient de plus en plus fascinant) (a ce rythme je vais finir par vous parler de comment j'ai analysé la forme de mes pieds à l'aide de doctissimo)

Par Jean - Publié dans : Les trépidantes moeurs parisiennes
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 19:26

 

“uscita proibita”, non, c'est pas le nom de ma station de métro, je descends pas !

(à ce stade, si tu es plus doué que moi, ce qui est pas bien difficile, tu dois déja vaguement te douter du côté folklo de la suite des opérations) (je t'épargne les détails mais elles ont bien pris quarante minutes, valise en main)

 

 

“Si je suis bien installé ? Oui oui, j'ai tout, c'est très bien équipé, très pratique, très cosy...Te décrire l'endroit ? Mmm... tu prends les couloirs des bâtiments dans Shutter Island et tu rajoutes la peinture écaillée couleur temple-du-soleil de l'IEP d'Aix, ça va, ça t'aide à visualiser ?”

 

 

“Non, j'ai pas croisé personne de vivant depuis mon arrivée, et pourtant j'ai bien parcouru quarante-cinq kilomètres de couloirs...C'est pas que ça me dérange mais il va peut-être falloir que je les paye un jour...”

 

 

“Io vorrei un Big Mac, per favore !”

 

 

“Ah sinon, j'ai nocturnement éclairci le mystère des cent-quarante-cinq chambres inoccupées : en fait, ils accueillent une retraite de gamins qui préparent leur profession de foi. Tu sais comment on dit cappuccino en Italien ?”

 

 

“Io vorrei un soyaccino, per favore !”

 

 

“You know, exams are always an adventure !”

 

 

“Là ? Il est 11h02, je peux plus sortir parce que j'ai dépassé le couvre-feu et je suis en train de manger une boîte de lentilles avec les doigts et un bouchon de bouteille en guise de fourchette”

(point Godwin de la Tasmanie largement franchi à ce stade)

 

 

“Tu veux vraiment t'installer sur l'autre ligne du métro ? Tu es sûr ? Tu comptes vraiment arriver avant midi ?”

 

 

“Tu sais comment on dit panini en italien ?”

 

 

“Non, en fait, pour le moment, j'ai une chambre dans un lycée professionnel...oui, c'est compliqué ! Non, je ne crains pas encore pour ma vie ! Et puis j'ai fait une réserve de Kit-Kat”

 

 

“ 'giorno, professore !”

 

 

“Salut, c'est moi le nouveau stagiaire, enchanté, et sinon, je cherche un logement quelque part sur la ligne B...”

 

 

 

 

Et puis, au détour d'une ruelle, une musique, un air de violoncelle qui te laisse entraîner, un escalier, des tourterelles qui roucoulent autour des miettes de pain, des couples qui s'enlacent, des jeunes qui s'attrappent, se rattrappent, le petit vent du soir qui allège ta veste noire, tu gravis quelques marches et...

 

vuerome.jpg

 

Vue-of-Rome.jpg

 

Borghèse


Par Jean
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 20:26

Je blogue pas beaucoup en ce moment parce que j'ai réservé la soirée au Fouquet's, je profite tant que j'ai encore les moyens et que mon petit artisanat lucratif de vente de weed biologique coupée au crottin de phasme n'est pas encore taxé à 75% (plus impôts locaux) (plus TVA flottante). Ca fait un peu ambiance constipation générale ici, mais après tout c'est bon pour le business (j'envisage de proposer des antidéprésseurs avec, je ferais des packages, deux pour le prix de trois et tout et tout)

 

Et hier, pour continuer dans la même lignée, j'étais ici, en face d'une anorexique couverte de Dior qui se faisait offrir un cheval assorti aux imprimés de sa tunique (très bon placement, le mobilier est amené à être beaucoup moins taxé que l'immobilier) avec une vue plongeante sur les réussites du capitalisme (le toit rouillé aux verrières brisées de la Samar' après son dépeçage en règle par les affamés de la spéculation) (pour ouvrir un Eram et un Jennyfer à la place, vérification on-ne-peut-plus-claire de l'acuité du darwinisme économique)

 

Mais trève de folies, à partir de demain, j'irai au Mcdo m'habituer à mon nouveau statut. Car après tout, nous aussi nous sommes des gens modestes.

Et si nous n'avons plus de pain, nous mangerons de la brioche.

Par Jean - Publié dans : Les trépidantes moeurs parisiennes
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 12:36

 

Ce qui est fascinant, au supermarché, outre le prix exorbitant du litre de lait de soja aromatisé à l'amande, c'est d'observer pendant tes dix-minutes-de-queue-garanties-par-ton-enseigne-qui-en-font-vingt-cinq ce que les autres clients déversent comme merdes sur le chariot. C'est là que tu te rends compte qu'existent vraiment des types standard stéréotypés qui s'épanouissent pleinement dans la société de consommation et les rayons du franprix. Mais pas ceux que croient les publicitaires, la ménagère qui mange du taillefine ou la mère de famille nombreuse qui trimballe son poids en couches, non non non, c'est plus ça du tout ! De nos jours, la segmentation marketing se doit d'être plus subtile : la preuve en exemples.

 

 

 

  • La fille qui dégouline de partout :

 

Dans son panier, des kleenex, de l'essuie tout, un gros pack de pécu, des cotons tiges et trois boites de tampons flux absorbant qu'elle te déballe sur le chariot en éternuant de partout. Comme en plus elle tient plus de faire pipi, elle gigote dans tous les sens et met quarante minutes à insérer sa carte bleue dans la machine (perte de temps qui fait que, comme elle habite au huitième sans ascenseur, elle craquera comme d'habitude au niveau des plantes vertes de sa cour intérieure)

 

 

  • Françoise-Dolto-Revival :

 

Elle est accompagnée de ses cinq mômes braillards et chevelus (dont Camille, le petit dernier, qui vient de faire dans sa couche que tout le magasin en profite) et, entre deux packs de lait écrémé calcium renforcé, elle n'oublie pas d'écouter avec attention les désirs de ses enfants chéris et adorés qu'il faut laisser s'exprimer en les considérant avant tout comme des adultes (avec juste un plus fort taux de décibels). Concrètement, ça se manifeste qu'elle t'achète toutes les boites de corn-flaxes du magasin dans l'espoir de trouver le petit dinosaure orange fluo, plus une boîte de capotes goût cerise parce qu'une des braillasses trouvait ça “zouli”!

 

 

  • Tatie Danièle :

 

Elle fait la gueule parce qu'elle trouve plus la marque de shampooings qu'elle achetait depuis cinquante ans (en vrai, ils en fabriquent plus depuis 88 mais elle vient juste de s'intéresser à la question parce qu'on sait tous à quel point les vieux ne se lavent JAMAIS les cheveux) (quand ils en ont). Donc elle fait chier tout le monde avec sa boîte de whiskas à la main pour qu'on la laisse passer parce qu'elle est vieille, croûlante et grabataire et que plutôt l'euthanasier que la faire attendre deux minutes trente debout-dans-ce-courant-d'air. Et c'est au moment ou tu la laisses passer de bonne grâce que Robert-mari-noces-de-diamant arrive par derrière avec un chariot de cent-cinquante-deux articles.

 

 

  • Le mâle :

 

Un standard. Quelles que soient ses fringues, sa coupe de cheveux, sa maitrise de pilosité et son degré de propreté, il posera invariablement sur le tapis un pack de Kro et deux pizzas surgelées (avec éventuellement des knacki balls en cas d'imminence de match pouvant potentiellement déboucher sur une défaite de l'OM)

 

 

  • Le sosie-de-ma-soeur :

 

“Mais mamaaaaan pourquoi tu prends que des trucs gras -du surimi, NDLR- tu sais pas que je suis au régime maaaaaan il faut ab-so-lu-ment que je prenne un savane chocolat blanc pour le gouter chez Chloé, tu sais la soeur de Clara la cousine d'Elodie que j'ai pas vue depuis deux mois mamaaaaaaaaaan ils ont plus de garnier fructis ultra-kératine on peut pas aller a Carrefour mamaaaaaan pourquoi tu prends des légumes c'est dégueu personne les mange à part toi ça sert à rien mamaaaaaaan t'as vu ils ont sorti une nouvelle crème compacte matifiant chez l'oréal on la teste on la teste on la teste mamaaaaan mais bouge toi t'as vu le temps qu'on passe à faire trois pauvres courses avec toi”

 

 

Et c'est là que je passe à mon tour, posant mon panier de légumes AMAP de la semaine, mes cinq litres de lait de soja et mon pécu 100% biodégradable, et que je n'ose imaginer les commentaires moqueurs des gens alentour (en même temps, je suis la vertu alimentaire incarnée, que pourraient-ils critiquer?) (j'estime qu'une personne qui sait peler les rutabagas doit forcer l'admiration) (même si ses poubelles contiennent trois domacs à emporter)

 

Par Jean - Publié dans : Les trépidantes moeurs parisiennes
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Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 17:32

Une rumeur courait parmi les gentils membres de ma secte environnement-sciences-po-amour-pandas-sur-la-terre-chatons-qui-pètent comme quoi si tu voulais être en communion écologiquement astrale avec ton toi intérieur quand tu prenais tes cinq cafés par jour (minimum) à la machine à café du 56, il te suffisait en fait de mettre ton thermos (écologiquement-certifié-raphia-équitable) sous la machine pendant que tu commandais, et la machine comprenait toute seule que tu avais mis ton thermos pour sauver les pandas, et te le remplissait gentiment et généreusement avec amour, délicatesse et passion, et comme ça tu ne jetais pas soixante gobelets en plastique par semaine à la poubelle poisson (oui, à la Sérénissime Institution, le tri des déchets se fait tout en subtilité puisque tu as le choix entre la poubelle journal et la poubelle poisson) (avec un poisson dessiné dessus au cas ou t'es lent du cerveau) (mais je te rassure, ensuite le contenu des deux va au même endroit) (!)

 

 

Ne voulant pas manquer une occasion (supplémentaire) d'être en communion écologiquement supérieure avec mon moi intérieur, je me suis empressé d'essayer. J'ai donc fait la queue dix minutes devant la seule machine qui fait des cafés noisette (jfranchement, bande de nazes, pourriez faire un effort et boire du café normal et me laisser la place) mis trois fois trop d'argent dans la machine qui comme d'habitude ne m'a rien rendu du tout, introduit délicatement et avec amour mon thermos gobelet de la veille et attendu.


Exactement cinq secondes plus tard, j'avais une brulure au troisième degré sur quinze de mes doigts, du café noisette (crème lyophilisée) jusque dans mes chaussettes, très mal partout et mes vêtements repeints couleur loutre indisposée.


Comme j'avais déja toutes mes absences de périmées (c'est pas ma faute il m'est arrivé plein de trucs indépendants de ma volonté ce semestre) (des promotions de ouf au Printemps, des jours ou il faisait beaucoup trop froid pour sortir de chez soi -genre 2°C- et des jours ou il faisait beaucoup trop beau pour ne pas aller prendre des cocas au luxembourg avec mes potes) j'ai pas pu rentrer me changer et j'ai du supporter le regard mi-compatissant quatre-quarts-supérieur des gens de mon master (qui n'avaient déja pas trop besoin de ça pour me regarder bizarrement)

 

 

La conclusion, c'est que je boycotterais bien cette machine mais c'est la seule qui fait le café noisette avec la crème lyophilisée donc je me tate encore un peu.

Par Jean - Publié dans : Les trépidantes moeurs parisiennes
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